La communauté Machsike Hadass est la communauté juive orthodoxe centrale d'Anvers et l'une des communautés ultra-orthodoxes (haredi) les plus établies d'Europe occidentale. Fondée à la fin du XIXe siècle, elle est devenue l'épine dorsale institutionnelle de la vie religieuse juive dans la ville, développant sa propre direction rabbinique, son cadre éducatif et ses infrastructures communautaires.
Fondation (1892)
La communauté a été fondée en 1892, lorsque plusieurs petites congrégations orthodoxes d'Anvers se sont unies sous une seule structure organisée. Cette unification a été motivée par la nécessité de renforcer la vie religieuse et de garantir des normes halachiques et communautaires appropriées pour une population juive croissante, composée en grande partie d'immigrants d'Europe de l'Est.
Parmi les premiers fondateurs et dirigeants associés à cette création figuraient :
- R’ Avraham Ullman – militant communautaire de la première heure et figure d'influence dans la formation de la communauté
- R’ Yosef Blitz
- R’ Shulem Feiner
- R’ Hershel Krengel
- R’ Yitzchak Tzvi Ratzersdorfer
- R’ Yaakov Eisenman
Ces figures représentaient les piliers de la structure orthodoxe émergente à Anvers et ont contribué à façonner son identité religieuse à long terme.
Renaissance précoce et croissance
En 1910, la communauté Machsike Hadass a reçu une reconnaissance officielle des autorités belges, ce qui lui a permis de fonctionner comme un organisme religieux organisé.
Cette reconnaissance a marqué un tournant important : la communauté n'était plus une association informelle de minyanim, mais une institution officiellement établie et responsable de la vie religieuse communautaire, y compris de la surveillance de la cacheroute, de l'autorité rabbinique et de l'administration de la synagogue.
Construction d'un centre communautaire
À mesure que la communauté s'agrandissait, il est devenu nécessaire de créer un complexe synagogal central. Cela a conduit au développement du projet de la synagogue Oosten dans la rue Oosten, qui est devenue la synagogue phare de la communauté.
La communauté s'est développée autour de plusieurs institutions clés :
- Synagogues centrales (y compris la synagogue Oosten)
- Salles d'étude (beis midrash)
- Tribunal rabbinique (Beis Din)
- Initiatives éducatives et structures de jeunesse
- Systèmes de surveillance de la cacheroute
Cette structure a permis à la Machsike Hadass de fonctionner comme une communauté orthodoxe pleinement indépendante dotée d'une gouvernance interne forte.
Direction rabbinique
Au fil des décennies, la communauté a été façonnée par d'éminents rabbins et dayanim, notamment :
- Harav Mordechai Rottenberg zt”l hy”d – grand Rav de la communauté avant la Seconde Guerre mondiale, représentant la communauté pendant une période critique de croissance et de tensions européennes croissantes
- Harav Noach Tzvi Ullman zt”l – dayan et autorité halachique au sein de la communauté
- D'autres rabbanim et dayanim qui ont maintenu la continuité de l'enseignement de la Torah à travers les générations
Leur direction a permis à la Machsike Hadass de maintenir des normes orthodoxes strictes tout en s'adaptant aux réalités de la vie juive européenne moderne.
Période de la Seconde Guerre mondiale
Pendant l'occupation nazie de la Belgique, la communauté Machsike Hadass a subi de graves perturbations. Les institutions communautaires ont été détruites ou démantelées, et de nombreux membres ont été déportés ou contraints de se cacher.
Les synagogues ont été profanées, les rouleaux de la Torah détruits et les infrastructures communautaires lourdement endommagées. Malgré cela, des personnes ont risqué leur vie pour sauver des objets sacrés.
Reconstruction d'après-guerre
Après 1945, les membres survivants de la communauté sont revenus et ont commencé à reconstruire la vie communautaire qui s'était presque effondrée. Sous une nouvelle direction, incluant des personnalités telles que R’ Shlomo Klagsbald z”l, la communauté a lentement rétabli ses institutions.
Les priorités clés comprenaient :
- Rétablir les offices de la synagogue
- Reconstruire la confiance et la structure communautaires
- Rétablir l'autorité rabbinique
- Soutenir les survivants de la Shoah au sein de la communauté
La synagogue Oosten est redevenue le centre névralgique de la vie de la Machsike Hadass.
Expansion et développement moderne
Dans les décennies qui ont suivi la guerre, la Machsike Hadass est devenue l'une des communautés ultra-orthodoxes les plus influentes d'Europe. Elle s'est particulièrement fait connaître pour :
- Une adhésion stricte à la halacha et aux minhagim
- Un système de cacheroute très développé
- Des institutions éducatives pour garçons et filles
- Une structure communautaire très unie, centrée dans le quartier juif d'Anvers
La communauté a également attiré des familles d'autres pays européens, d'Israël et des États-Unis, renforçant son caractère international.
Identité culturelle et religieuse
La Machsike Hadass est connue pour préserver une identité orthodoxe traditionnelle d'Europe de l'Est, comprenant :
- Le nusach et les minhagim ashkénazes
- Un accent important mis sur l'étude de la Torah
- Le respect de l'autorité rabbinique
- Une vie religieuse centrée sur la communauté
La communauté a maintenu une continuité entre l'orthodoxie européenne d'avant-guerre et la vie ultra-orthodoxe moderne en Europe occidentale.
Héritage
Aujourd'hui, la Machsike Hadass reste une force déterminante de la vie juive à Anvers. Ses institutions continuent de servir des familles, et ses synagogues — en particulier la synagogue Oosten — se dressent comme des symboles vivants de résilience, de continuité et de renouveau.
De ses modestes débuts au XIXe siècle à sa structure actuelle, la communauté reflète la persévérance de la vie juive orthodoxe en Europe à travers des périodes de croissance, de destruction et de reconstruction.