Introduction: Le lien entre la communauté juive d'Anvers et la nation caribéenne de Cuba à la fin des années 1930 et dans les années 1940 représente l'une des histoires de survie, de tragédie et d'ingéniosité économique les plus remarquables de la Seconde Guerre mondiale. C'est un récit en deux parties : d'abord, le voyage déchirant du MS Saint-Louis qui a ramené les réfugiés juifs rejetés au port d'Anvers ; et deuxièmement, la fuite ultérieure des marchands de diamants juifs d'Anvers vers La Havane, où ils ont établi un refuge industriel temporaire et florissant.
La crise de Saint-Louis (1939)
En mai 1939, le paquebot allemand MS Saint-Louis parti de Hambourg, à destination de La Havane, Cuba. À bord se trouvaient 937 passagers, dont la grande majorité étaient des réfugiés juifs fuyant les persécutions nazies. La plupart des passagers détenaient des certificats de débarquement cubains qui, selon eux, leur permettraient d'entrer. Cependant, à leur arrivée à La Havane le 27 mai, le gouvernement cubain a révoqué leurs permis et a refusé de laisser débarquer les réfugiés.
Malgré des appels désespérés, le navire a été refoulé non seulement de Cuba mais aussi des États-Unis et du Canada. Le capitaine Gustav Schröder a été contraint de ramener le navire vers l'Europe. Au cours du voyage de retour, l'American Jewish Joint Distribution Committee (JDC) a négocié avec les pays d'Europe occidentale pour accepter les réfugiés, en fournissant une garantie en espèces de 500 000 $ pour garantir leur refuge.
Le 17 juin 1939, le Saint-Louis amarré au port d'Anvers. Les passagers ont finalement débarqué sur le sol belge. La Belgique a accueilli 214 passagers, tandis que le reste était réparti entre la France, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne. Malheureusement, lorsque l’Allemagne nazie occupa la Belgique et les pays voisins un an plus tard, nombre de ces réfugiés se retrouvèrent à nouveau piégés. Finalement, 84 des 214 passagers débarqués en Belgique ont péri dans l'Holocauste.
Un refuge étincelant : l'industrie du diamant d'Anvers à La Havane (1940-1945)
Après l’invasion nazie de la Belgique en mai 1940, la communauté juive d’Anvers fut confrontée à un danger immédiat. En tant que centre mondial du commerce du diamant, l'industrie anversoise était en grande partie dirigée par des Juifs. Face à la persécution, des milliers de marchands de diamants, tailleurs et tailleurs de diamants juifs ont fui le pays. Un groupe important a réussi à obtenir des visas pour Cuba et à s'établir à La Havane.
Réalisant qu'ils pouvaient reprendre leur commerce, les réfugiés convainquirent le gouvernement cubain d'autoriser l'importation de diamants bruts et la création d'ateliers de fabrication. Parce que la taille et le polissage des diamants nécessitaient des machines relativement légères – principalement des bancs de coupe et des outils manuels – les réfugiés ont pu construire des installations locales à partir de zéro, important parfois des pièces de machines ou les fabriquant à La Havane.
Cette industrie a transformé Cuba en un centre majeur en temps de guerre pour le commerce mondial des pierres précieuses :
- Croissance économique : À son apogée, l’industrie du diamant à La Havane abritait des dizaines d’ateliers et employait entre 3 000 et 5 000 travailleurs, fournissant des emplois essentiels à la fois aux réfugiés juifs et aux Cubains locaux.
- Survie grâce au commerce : L’entreprise constituait une source de revenus essentielle qui permettait à des centaines de familles juives de subvenir à leurs besoins tout au long des années de guerre.
- Fusion culturelle : Les ateliers ont favorisé des relations étroites entre les réfugiés anversois et les Cubains locaux, qui ont appris l'art complexe du polissage des diamants auprès de maîtres européens.
L'héritage d'après-guerre
Après la victoire alliée et la libération de la Belgique en 1944-1945, l’industrie temporaire du diamant à La Havane s’est rapidement arrêtée. Alors qu’Anvers entamait le long processus de reconstruction de son quartier historique du diamant, de nombreux réfugiés sont rentrés en Belgique, tandis que d’autres ont émigré aux États-Unis (principalement à New York) et dans le nouvel État d’Israël pour poursuivre leur travail.
La brève période de Cuba en tant que plaque tournante du diamant dans les Caraïbes a pris fin, mais cet épisode reste un témoignage de la résilience de la communauté juive d'Anvers, qui a transporté ses compétences de l'autre côté de l'Atlantique pour construire un sanctuaire face à la destruction.
Références
- Musée commémoratif de l'Holocauste des États-Unis (USHMM) : "Voyage du Saint-Louis" (Encyclopédie de l'Holocauste).
- Archives du Comité mixte juif américain de distribution (JDC) : "Le sauvetage des passagers de Saint-Louis, juin 1939".
- Film documentaire : Les joyaux oubliés de Cuba : un havre de paix à La Havane (2017), réalisé par Robin Truesdale et Judy Kreith.
- Le Times d’Israël : "Comment les réfugiés juifs ont créé une étincelante industrie du diamant à Cuba en temps de guerre".